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Canada

Étienne A. Beauregard: Le fédéral a reproduit les erreurs des garderies du Québec

MONTRÉAL (Québec) – 21 février 2017 – Des enfants jouent dans la neige dans une garderie du centre-ville de Montréal, le mardi 21 février 2017. (John Mahoney / MONTREAL GAZETTE)

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En 1997, le Québec a mis en place son réseau de centres de la petite enfance (CPE), et s’est engagé à offrir des services de garde éducatifs abordables et largement accessibles. Ce modèle, unique en Amérique du Nord, a été salué pour avoir favorisé la participation des mères au marché du travail et aidé le développement d’enfants issus de milieux défavorisés. Ces dernières années, le programme pancanadien pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants ( CWELCC ) et le maire de New York, Zohran Mamdani , ont tous deux ouvertement cité le modèle québécois comme source d’inspiration.

Cependant, ses succès ont masqué des pénuries persistantes et un soutien inéquitable selon les choix des parents. Parce qu’il oriente le financement vers les garderies plutôt que vers les parents, le système québécois n’est ni universel ni équitable, contrairement à ce que l’on prétend.

Bien que le gouvernement québécois ait inscrit dans la loi que chaque enfant avait “le droit de recevoir des services de garde éducatifs personnalisés de qualité,” en près de trois décennies, l’offre de places subventionnées n’a jamais répondu à la demande. En réduisant considérablement les coûts pour les parents grâce au financement public, cette politique engendre une demande sans cesse croissante: même si de nouvelles places sont créées presque chaque année, l’offre n’a pas réussi à suivre le rythme. À l’heure actuelle, plus de 30 600 enfants figurent toujours sur une liste d’attente du gouvernement.

Sans changement majeur, il semble très improbable que l’offre parvienne à rattraper la demande. Le gouvernement exige que deux éducateurs sur trois soient qualifiés, et pourtant le nombre de diplômés en éducation à la petite enfance au Québec a fortement diminué ces dernières années. Le système parvient de moins en moins à respecter ses propres exigences de qualité, et révèle précisément pourquoi il ne peut pas être rendu universel. Cette pénurie permanente signifie que certaines familles seront toujours laissées pour compte.

Les problèmes de main-d’œuvre ne constituent pas le seul défi. Le paysage des services de garde au Québec révèle un système à trois paliers financés de manière inéquitable. Environ la moitié des enfants âgés de 1 à 4 ans fréquentent un CPE ou une garderie subventionnée, financée par l’État à hauteur de 60 à 70 dollars par enfant par jour. Environ 30 pour cent fréquentent une garderie en milieu familial subventionnée ou une garderie non subventionnée couverte par un crédit d’impôt, bénéficiant d’un soutien public d’environ $35 par enfant par jour. Les autres enfants sont pris en charge par leurs parents, des proches, ou d’autres moyens de garde informels. Leurs familles ne reçoivent aucune aide financière comparable pour la garde d’enfants.

Comme la subvention que les parents reçoivent pour la garde d’enfants dépend de l’option qu’ils choisissent, obtenir une place subventionnée revient à gagner à la loterie: cela représente plus de $8,000 supplémentaires d’aide publique par rapport à ce que reçoit un parent ayant recours à une garderie non subventionnée. Quant aux familles qui préfèrent s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, elles reçoivent chaque année environ $18 000 de moins par enfant en transferts qu’une famille disposant d’une place dans un CPE – alors même qu’elles n’engorgent pas le système.

Quel que soit le type de place que vous souhaitez ou que vous finissez par obtenir, le système comporte une faille majeure. La politique québécoise de garde d’enfants axée sur les garderies ne tient pas compte de ce que les parents de jeunes enfants souhaitent par-dessus tout: passer du temps avec leurs enfants. Un sondage mené par le gouvernement du Québec révèle que 40 pour cent des parents aimeraient travailler moins d’heures afin de passer plus de temps avec leur famille. Interrogés sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les parents répondent également que ce qu’ils souhaitent le plus, c’est davantage de congés et des horaires plus flexibles.

Une politique dont le seul objectif est de subventionner le temps passé en service de garde omet cette réalité. Il n’est donc pas surprenant que 85 pour cent des enfants d’âge préscolaire fréquentant un service de garde y passent plus de 35 heures par semaine; or, passer autant d’heures en garderie à un si jeune âge peut nuire au développement des compétences sociales et à la maturité émotionnelle. C’est le résultat du manque de flexibilité et d’options offertes aux parents, inhérent au système.

Depuis que le gouvernement fédéral a mis en place son plan services de garde inspiré du modèle québécois, les mêmes problèmes se posent partout au pays. Les coûts directs liés à la garde d’enfants ont diminué tandis que les listes d’attente se sont allongées, et la volonté d’augmenter l’offre a réduit la proportion d’éducatrices qualifiées, ce qui pourrait nuire à la qualité des services. Toutes les provinces canadiennes disposent désormais d’un système qui ne finance que les choix de certains parents, selon une définition trop restrictive de la garde d’enfants.

Il pourrait en être autrement. Il serait possible d’offrir une alternative aux parents qui ne peuvent pas accéder à une place en service de garde financée par l’État ou qui n’en souhaitent pas. La Finlande en constitue un exemple. Parallèlement aux services de garde financés par l’État, son allocation pour la garde d’enfants à domicile soutient les parents éligibles qui s’occupent d’un jeune enfant chez eux, ou qui ont recours à d’autres moyens de garde informels. Cette politique reconnaît que les familles ont des situations et des préférences différentes.

Comme le prouvent les exemples du Québec, et désormais du Canada, le fait de financer les garderies plutôt que les parents directement crée une demande qui n’est jamais satisfaite et entraîne des inéquités entre les familles. Nos politiques de garde d’enfants doivent faire mieux pour ne laisser aucun enfant de côté.

National Post

Étienne-Alexandre Beauregard est essayiste et chercheur à l’Institut Cardus. Entre 2022 et 2025, il a travaillé comme rédacteur des discours et conseiller à la planification stratégique au cabinet du premier ministre du Québec. Son dernier essai, Anti-Civilisation: Pourquoi nos sociétés s’effondrent de l’intérieur, est paru en 2025 aux Presses de la Cité.